François 1er, Barberousse et Soliman le magnifique

La prochaine fête Renaissance mettra en avant une thématique peu connue et peu valorisée de notre Histoire nationale : celle de la rencontre entre le roi de France, François Ier avec le représentant de l’Ambassade Ottomane de Soliman le Magnifique menée par l’illustre Khayr al Dinin autrement appelé Barberousse. Celle-ci s’est déroulée au château de Polignac près de la ville du Puy-en-Velay le 18 juillet 1533.

 

Soliman avait nommé Barberousse Grand Amiral de la Flotte ottomane, l’investissant des titres de «Pacha et Beylerley» (Gouverneur). 
C’est accompagné de ses trois fils que François 1er et son escorte entrent dans la ville. Ce voyage était la réalisation d’une promesse faire par le roi de France qui lors de sa captivité de deux années à Madrid s’était engagé, s’il était libéré, à aller rendre grâce à la Vierge Marie.

 

Il avait été fait prisonnier lors de la bataille de Pavie en 1525. Un échec militaire alors qu’auréolé de sa victoire à Marignan, le monarque, « Roi Chevalier » friand d’aventures militaires, s’était engagé dans une aventure de reconquête du Milanais. Mais l’ambition tourna au désastre militaire. Son vainqueur, ironie du sort, étant lui-même un Français, le connétable Charles de Bourbon qui avait été l’allié de François 1er à Marignan, dix ans plus tôt, avant de rejoindre son ennemi l'empereur Charles Quint.

 

À cette époque les retournements d’alliances étaient monnaie courante et l’itinéraire du célèbre Baron d’Escalin en est aussi une illustration. Entré sans coup férir à Milan, le roi de France croit sa victoire proche, mais, une place forte résiste à ses assauts. Il s'agit de Pavie, l'antique capitale des rois lombards : solidement défendue et abritée derrière les bras du Tessin, un affluent du Pô.

 

Les troupes françaises se préparent à assiéger la ville.
 François 1er, dispose de 30 000 hommes, et ne craint pas d'en détacher 10 000 pour conquérir la région de Naples, ce qui réduit ses effectifs. Là-dessus, 5 000 alliés suisses des Grisons se retirent pour défendre leur propre canton, menacé par les troupes de Charles Quint. À cette défection s’ajoute l’arrivée en renfort du connétable de Bourbon qui marche lui au secours de la ville à la tête de ses 30 000 hommes. Les Français se croient à l'abri entre les murailles de la citadelle et un mur de ceinture de 15 kilomètres. Mais, dans la nuit du 23 au 24 février 1525, les troupes de Charles Quint font une brèche dans le mur.

 

Les Français, se réveillent et réussissent dans un premier temps à les repousser. Canonnés, les assaillants se replient en désordre vers la place forte de Pavie. Les Français se croient maîtres du terrain. Du coup, le «roi-chevalier» ne veut pas rester à l'écart d'une si belle victoire. À la tête de sa cavalerie, il charge avec fougue les lansquenets allemands, et les canonniers français arrêtent leurs tirs. Cet arrêt de l’artillerie permet à l'ennemi de se ressaisir et de se regrouper. Les arquebusiers espagnols commencent alors à tirer sur les cavaliers français. Ceux-ci vont s'embourber dans le sol marécageux et détrempé du champ de bataille, tout comme l'infanterie suisse. Ne reste alors à la garnison de Pavie qu'à sortir pour hâter la déroute française.

 

La bataille n’aura duré guère plus d'une heure. Au milieu de ses nombreux compagnons morts, le roi de France, est blessé, perd son cheval, mais continue de se battre avec bravoure. Mais en fin de compte la reddition est inéluctable. C’est au cours de cet épisode militaire que le maréchal Jacques de La Palice meurt et nous laisse en héritage sa fameuse formule “ un quart d’heure avant sa mort, il était encore vivant” et dont naîtra le mot “lapalissade” qui désigne une évidence...


 

Capturé, François 1er est transféré à Madrid. Il obtient sa libération en signant un traité défavorable au Royaume de France, et laisse ses deux fils en otage. Pourtant, sitôt libéré, il renie le traité et reprend la lutte contre Charles Quint, et suite à une correspondance nourrie, il va s'allier avec les protestants allemands, les Turcs et le corsaire Barberousse qui est alors le maître d’Alger. Il réalise sa promesse de rendre grâce à la Vierge lors de sa descente à Marseille où le Pape Clément VII doit célébrer le mariage de son fils Henri Duc d'Orléans avec Catherine de Médicis dont il est l’oncle.

 

Finalement, Henri héritera du trône son frère aîné celui-ci trouvant la mort dans des circonstances controversées. C’est donc à lui que va incomber la gestion d’un royaume qui veut s’affirmer en Europe. Ce mariage, convenu entre son père, et le pape, est un arrangement diplomatique des Médicis et des Valois : les deux familles forment le dessein de faire front commun contre le très puissant empereur Charles Quint. Les célébrations religieuses conjuguaient de ce fait plusieurs ambitions de François 1er : celle de montrer durant ce voyage sa personne et son autorité sur le royaume.

 

Mais également devait lui permettre la mise en place de l'alliance politique et militaire avec Soliman le Magnifique, sultan de l'empire Turc. Et c'est au Château de Polignac que l'ambassade ottomane menée par Khayr ad-Din dit Barberousse, va rencontrer le roi de France !
Cette ambassade amenait dans ses bagages une dizaine de prisonnières chrétiennes (qui furent libérées) mais aussi un magnifique étalon parmi les chameaux !


 

On peut imaginer l’étonnement et la surprise que l'exotisme de ce groupe d'Ottomans au 16ème siècle, a pu susciter dans les villes traversées lors de ce voyage qui les a conduits des rives de la Méditerranée à la capitale du Velay. Compte tenu que l’itinéraire traditionnel pour rejoindre Le Puy-en-Velay depuis la Basse Vallée du Rhône passait par Aubenas et Montpezat, nous pouvons émettre l’hypothèse que cette ambassade passa par Viviers où les autorités de l’époque l’auraient reçue.
Nous espérons que ce clin d’œil à l’Histoire suscitera les mêmes sentiments lors de la fête Renaissance de mai 2019 que nous souhaitons placer sous le signe du “Vivre Ensemble”.

 

Henri SAINT JEAN