Suite des déclarations de Noël Albert

« Vous vous souvenez ? Charles de Barjac m'avait confié la garde de Viviers et j'y étais entré le 24 octobre 1567 avec mes 300 hommes de pied . Mais comme j'étais propriétaire de plusieurs terres dans les environs, (le domaine de Bellieure, la grange de Paurières, l'ile de Verrier), je n'étais pas toujours dans la ville et, c'est durant une de mes absences, que mes soldats qui, peut-être , avaient abusé des pintes de vin, se sont livrés à des exactions regrettables.

Ils sont entrés dans la cathédrale qu'ils voulaient abattre et ont fait effondrer la voûte de la nef ; puis des maçons sont allés au-dessus de la voûte du choeur pour la détruire ; c'est la chute de l'un d'entre eux qui a interrompu leur besogne. Mais pourquoi s'en sont-ils pris à ce monument magnifique ? Ils se sont ensuite servis en pillant les riches ornements d'église. Il n’est pas normal que l'Eglise catholique possède tant de richesses !…  De là, ils ont saccagé des maisons de chanoines et fait de grands feux avec les livres de choeur . Mais ce qui est regrettable c'est qu'ils s'en sont pris au tombeau où reposait le corps de l'évêque Claude de Tournon . On m'a raconté que certains soldats ont traîné sa dépouille autour de la cathédrale. C'est sûr qu'ils devaient être complètement avinés. Si j'avais été présent j'aurais empêché de tels débordements.

Les catholiques m'ont tenu responsable de cette journée et ils ont attaqué la ville, mais sans succès, en février de l'année 1568. Puis ils ont, en partie, détruit le moulin  flottant que je possédais sur le Rhône.

Lorsqu'au mois de mai , l'édit de pacification de Longjumeau est paru et qu'il me fut ordonné de rendre la ville, je n'ai pas voulu obéir . Viviers, c'est ma ville !...

Mais les chanoines étaient pleins de rancoeur et ils ont sans doute obtenu une prise de corps contre moi, si bien que j'ai été arrêté près de la porte Riquet. Je pensais que mes amis me soutiendraient et me feraient libérer, mais tous m'abandonnèrent . Je fus remis aux mains des chanoines et traîné jusqu'à un bateau qui descendait le Rhône. 

J'ai repris espoir en passant devant le château de Lers; je m'occupais des affaires de la baronne qui était veuve et j'ai pensé que, par amitié, elle allait soudoyer les chanoines et me faire évader . Mais lors d'un bref arrêt , rien ne se passa comme je l'avais espéré.  

Compatissez à mon triste sort : à Toulouse, avec mes compagnons, je fus jugé et condamné à mort ; on nous traina dans la ville, sur une charrette, la corde au cou et le bourreau nous trancha la tête  puis nos corps furent partagés en quatre parties afin que nous ne puissions reposer en paix et qu'au jour du jugement dernier , nous soyons privés de résurrection. Et depuis, mon âme erre tristement dans Viviers, ma bonne ville ! »

                                                         Noël Albert

par la plume d’Yvonne Leclère ( qui dit ne pas être responsable de ses propos )