Moi, Noël Albert

Je me présente : Noël Albert, seigneur de St Alban , né à Viviers, en 1511, où j'ai été consul à 22 ans.

 

Je me suis d'abord livré au commerce du sel que j'allais chercher aux salins de Peccaïs près d’Aigues-Mortes (à droite); il fallait le remonter à l'aide d'attelages de chevaux jusqu'en Vivarais, en Dauphiné et même jusqu'à Lyon.

 

Comme je me suis enrichi, en plus de mon château de St Alban, j'ai fait appel à des artistes en 1546 pour refaire la façade de mon hôtel particulier à Viviers. J'en étais fort satisfait; il paraît même que des visiteurs s'arrêtent encore, en 2017, pour l'admirer. J'y ai fait des réceptions du temps de ma première épouse Anne Philippon et aussi du temps de la seconde Catherine de Moncalm; nous y faisions des banquets arrosés de nos bons vins du Vivarais; les poètes, les chanteurs enchantaient nos soirées. La compagnie de  jolies femmes (au charme desquelles je reconnais avoir toujours été sensible) agrémentaient ces réceptions.

J'ai acheté la charge de fermier de l'équivalent du Vivarais ce qui me permettait de percevoir les impôts. On a prétendu que toutes les sommes n'arrivaient pas dans la caisse de l'Etat, mais c'était le fait de jaloux, il m'arrivait même de prêter de l'argent. J'ai financé les recueils de poèmes de Béranger de la Tour, j'ai même organisé une représentation théâtrale sur la place. D'ailleurs l'évêque avait toute confiance en moi puisqu'il m'a nommé bailli de Largentière et régent général de la cité et comté de Viviers. Dans le texte de nomination il fait état de mes qualités: «savoir, prudhomie, diligence, capacité, loyauté et expérience». En fait je ne l'ai jamais rencontré mais c'est sans doute mon renom qui l'avait inspiré.

 

Puis je me suis laissé gagner par la nouvelle religion prêchée par Calvin: le protestantisme; l'étalage des richesses de l'Eglise était choquant et en 1562 je n'ai pas pu empêcher mes soldats de pénétrer dans la cathédrale et de faire des dégâts quelques statues brisées, quelques rapines, l'or et l'argent des reliques, des chapes , des ornements d'autel . Oui, c'est vrai je me suis fait remettre les superbes tapisseries qui ornaient le choeur; elles ont été emballées et transportées à Lyon; je voulais les soustraire à la fureur destructrice des soldats. Puis en 1563, la paix d'Amboise a été signée; les huguenots furent amnistiés et plus libres de pratiquer leur culte.

 

Ensuite, en 1567 les combats ont repris et le siège a été mis devant Viviers, suivi de sa capitulation et Charles de Barjac est entré dans la ville avec 20 soldats armés d’armes blanches pour la garder « au nom et obéissance du roi ». Mais Viviers, c’est ma ville, je suis capitaine huguenot; Charles de Barjac m’en a confié la garde et j’y suis entré à mon tour au bout de quelques jours, avec mes 300 hommes de pied.

 

Je vous raconterai la suite un peu plus tard, mais si ma vie vous intéresse, venez donc à Viviers le 24 ou le 29 juillet; j’ai appris qu’un spectacle itinérant doit l’évoquer.

 

                                                      Noël Albert par la plume d’Yvonne Leclère